Les sites archéologiques

Les marae de Punaauia

La commune de Punaauia, ancienne Manotahi, foisonnait de marae qui n'avaient pas tous le même prestige. Rappelons en effet qu'il existe 7 catégories de marae : 

  • Le marae Arii,
  • le marae Mataéinaà
  • le marae Tupuna,
  • le marae o te vaà mataéinaà,
  • le marae o te tahuà raàu,
  • le marae o te feia tarai pahi, tarai vaà,
  • le marae o te feia taià.

Toutes ces catégories de marae existaient à l'époque, à Punaauia, bien qu'il soit devenu difficile, voire impossible, d'en préciser l'emplacement.

Kenneth P. Emory (in bulletin 116 Bishop Museum) en décrit 15 dont il a retrouvé les traces, à la fin des années 1920. L'essentiel de ces vestiges se situait dans la basse et la haute vallée de la Punaruu. La plupart a été détruite par les bulldozers ou dispersé par la végétation luxuriante. 

Les marae les plus prestigieux et, par conséquent, les plus chargés d'histoire, sont les marae de Tahiti et de Taputapuatea. Ce sont 2 marae dédiés et consacrés au dieu Oro.

Le Marae de Tahiti

Le marae qui a cependant défrayé les chroniques de l'histoire de Tahiti et de Punaauia est sans conteste le Marae de Tahiti, nommé suivant les écrits Tahiti ou Te Ara o Tahiti, Punaauia ou Atehuru. 

Si ce marae a pris le nom de Atehuru, appellation de la division géographique englobant Manotahi et Manorua, c'est certainement en raison de son importance au regard des autres marae de l'île de Tahiti. Des visiteurs et historiens ont affirmé que le marae Atehuru est un très grand marae. D'autres tels qu'Aurora Tetuanui Natua, dans son ouvrage Te Marae rahi i Atahuru affirment qu'il était le plus grand, plus grand que le marae de Papara. Le pasteur anglais Wilson a pu, en effet, établir les mesures de ces deux marae, et les consigner comme suit : 
 
Marae Punaauia Marae Mahaiatea   
Longueur 850 m                    800 m   
Largeur 280 m                    210 m   
Hauteur      15 m                      13 m
 
Le relativement faible écart entre ces deux édifices semble, à l’évidence, indiquer une compétition qui a opposé ces deux localités et leurs chefs, et qui s’est soldée par la reconnaissance de la plus grande importance du Marae de Punaauia, et donc de sa suprématie. Il est devenu le Marae de référence de Atehuru, par rapport à celui de Teva et il en a, donc, pris le nom. Il a été, en effet, décrit que le Marae de Punaauia était un très ancien Marae Tupuna, lorsque celui de Mahatea fut érigé par le roi Amo. S’il était effectivement plus ancien, il était aussi le plus petit des deux. Les grands rois (Arii maro ura), Temoanarau i Punaauia qui étaient alliés aux Teva de Papara, craignaient de voir leur suprématie contestée du fait de la plus grande importance du Marae de Mahaiatea. Ils ordonnèrent donc que soient entrepris des travaux d’agrandissement de leur Marae vénérable avec le résultat que l’on connaît. Et depuis lors, le Marae Punaauia ou Atehuru fut le siège royal d’un très grand nombre de Arii mana, ou Arii mano ura de Tahiti nui, et le lieu de la naissance de leurs fils aînés. 
 
Compte tenu de la nécessité de renforcer les références généalogiques, ou d’alliances familiales, par celles liées au culte du dieu Oro, ce Marae fut également, consacré à cette divinité, par des cérémonies rituelles de dépôt et de garde de son image (To’o). C’est à cette condition que les Arii qui y étaient consacrés pouvaient revendiquer le titre et les insignes de Arii rahi maro ura (Grand roi à la ceinture rouge). Celui qui a pris le nom de Pomare, et après lui, son fils Pomare II, les Arii rahi maro ura de Tahiti, qui avaient leur marae tupuna à Pare, ont établi leur siège royal à Atehuru, car le Marae Tupuna de Pare n’avait pas été consacré à Oro. C’est à partir de Atehuru qu’ils ont donc régné, mais pas toujours sans contestation, sur les royaumes secondaires de Te Porionuu (Pare-Arue) (Marae Tupuna), Tefana i Ahurai (Faa’a) (Alliances matrimoniales), Atehuru (Manotahi et Manorua) (Marae Atua Oro), et Taiarapu (Marae Atua Oro). De par leurs alliances familiales, ils étaient également les suzerains du royaume de Moorea et des royaumes des Iles Raiatea, Bora Bora et Huahine. Sans en avoir le titre royal, ils étaient protecteurs, en raison de leurs alliances matrimoniales, d’une grande partie des îles Tuamotu et des îles de Tubuai et de Rimatara. 
 
Le Marae Taputapuatea

Le dieu Oro est la divinité de la guerre, dont le culte était célébré sur le marae de Opoa à Raiatea, marae prestigieux d'où partirent les navigateurs polynésiens à la découverte de Aotearoa (Nouvelle Zélande), et des îles Hawaï, et établir ainsi le triangle polynésien. L'effigie (to'o) de ce dieu était enfermée dans un coffre transporté dans une pirogue spécialement construite à cet effet. Les prêtres "missionnaires" de ce dieu ont transporté ce to'o des îles sous le vent jusqu'à Tahiti et Moorea pour y répandre son culte.

Somme toute, les rites ou procédures du prosélytisme religieux obéissent aux mêmes règles pour toutes les religions. Les prêtres, pasteurs ou tahuà détenteurs du savoir et des rites religieux se déplacent, en général,avec leur objet de culte, en l'occurrence le to'o, la bible ou la croix pour les installer en un lieu sacré, marae, chapelle ou temple, et essaient de s'implanter par la prédication, l'enseignement ou l'alliance politique, voire militaire. En Polynésie, les tahuà (prêtres) s'appuyaient sur le pouvoir tribal ou royal pour faire construire ou consacrer des marae dédiés au culte des dieux. Ils créaient une école pour former les servants ou les ariioi et officiaient pour toutes les cérémonies incantatoires ou sacrificielles.Ces tahuà venus de Opoa débarquèrent dans un premier temps à Tautira, où le premier marae Taputapuatea fut créé puis ils arrivèrent à Paea pour y faire construire un second marae Taputapuatea. Le dernier mara dédié à ce dieu, sur l'île de Tahiti, fut celui de Punaauia. Les pierres d'angle de tous ces marae étaient des pierres prélevées sur le grand marae de Opoa, le marae Taputaputatea.

Tous les témoignages s'accordent à situer ce marae de Taputapuatea de Punaauia à la pointe, dite actuellement "des pêcheurs" et autrefois Nuuroa (Grande armée), sur une aire dont la surface est imprécise, mais qui serait comprise, en aval, depuis une ligne comprise entre l'embouchure de la Punaruu et le terrain dit Rivnac, où a été construit l'hôtel Le Méridien, et en amont, pratiquement à l'emplacement de la route de ceinture actuelle. Tout cet espace était connu comme étant la résidence des rois Pohutea de Punaauia et comprenait plusieurs constructions et édifices tels que l'école des Ariioi, au terrain Rivnac et des hangars à pirogues de guerre (vaà tauàti). Il ne reste plus guère de vestiges de ce marae, sinon quelques pierres dans certaines propriétés, ou conservées dans les caves du Musée.

Ce marae reçut la visite de James COOK en 1777 et des missionnaires du DUFF en 1797.